Une semaine commencée sous le signe de la solidarité pour souligner les deux ans d’exil d’Abdel Kader Belaouni à l’église Saint-Gabriel de Pointe-Saint-Charles, où il se terre comme réfugié depuis deux ans pour éviter son expulsion du Canada. Pour créer l’événement, puisqu’il faut bien tout enrober, de valeureux artistes ont réalisé une murale composée de l’addition de leur tableau respectif. C’était chaleureux, malgré notre été pourri, cette bonne dose d’humanité sur le mode de l’ouverture.
Puis les choses se sont gâtées ce dimanche 10 août quand une manifestation amère, à la mémoire de Fredy Villanueva mort la veille lors d’une fusillade avec la police, a dégénéré en émeute
C’est comme assister à l’éclatement d’un abcès , live et grandeur nature.
Il y a un cancer virulent qui gruge la plus belle ville la plus hip du monde. Selon moi, la base de ce mal est l’exclusion qui entraîne une série de comportements parfois justifiables, parfois inacceptables. Je crois que les travailleurs de rue et ceux des organismes communautaires de Montréal-Nord, Saint-Michel, Parc Extension, la Petite-Bourgogne et autres quartiers désignés comme chauds devraient êtres davantage écoutés, subventionnés et considérés comme partenaires pouvant apporter des solutions, plutôt qu’être le « cheap labour » du ministère des Affaires sociales, pour éviter que la marmite ne s’échauffe trop et que tout déborde. Je pense que malgré le travail titanesque de ces travailleurs, la marmite bout et les gens des quartiers chauds, comme tous les exclus du monde, en ont plein le cul des bonnes intentions. S’ajoute à ce casse-tête la présence du crime organisé qui essaie de prendre la place que notre système économique et social refuse de prendre et nous nous retrouvons dans un chaos qui ne sert personne.
Les coups de feu tirés au hasard dans la foule dimanche et les excès de violence contre les symboles de l’ordre (autobus, caserne de pompiers, commerces, etc.) ont pris des proportions alarmantes. Mes collègues Pascal Girard (caméraman de TVA) et Robert Skinner (photographe de La Presse) se sont fait tabasser puis voler tout leur équipement. Robert s’est fait casser une bouteille sur la tête parce qu’il résistait trop à ses agresseurs. C’est évident que je suis directement interpelé par ces actes sauvages, néanmoins, ils sont symptomatiques de la situation actuelle. Il n’y a plus de nuances dans la tête des exclus. Si tu n’es pas pour moi tu es contre moi. La liberté de presse n’a aucun sens pour certains de ces casseurs. Surtout depuis que nos images peuvent être saisies et utilisées pour traduire les vandales devant la justice. C’était à hauts risques, faire des photos ce soir là dans ce climat de “jamais vu”. Quand Gilles Renaud, m’a ordonné au téléphone de sortir du périmètre que je partageais avec Bob, qui était déjà plus près des hostilités, venant de lui j’ai reculé.
Nier le phénomène des gangs de rue et la présence de la mafia dans ces quartiers serait ridicule. Considérer tous nos concitoyens de ces quartiers comme en faisant partie est tout aussi ridicule.
Et j’ignore la solution.
Benoît Pelosse m’a suivi, lorsque notre souper a été interrompu.
Dire que le calme est revenu, est à mon avis une illusion.








4 commentaires
août 13, 2008 à 2:22
Félicitation, un des plus beau texte que j’ai lu sur le sujet, et j’en ai lu plus d’un.
Vraiment, c’est bien résumer une situation tout en regardant les 2 côtés de la médailles.
Bravo et superbes photos
août 13, 2008 à 8:51
Superbes photos, texte percutant.
Punché et songé… Chapeau
août 13, 2008 à 2:24
Quelle justesse dans tes dires mon Alain, tout à fait d’accord.
août 13, 2008 à 5:44
[...] Patrick Sanfaçon résume bien ma pensée sur les émeutes en général ici. (et plus récemment Alain Décarie) Je n’osais pas m’aventurer là-dedans hier, la raison pour laquelle j’ai écrit [...]